C'est désormais une certitude : notre flore intestinale est le reflet de notre histoire personnelle - même deux jumeaux possèdent une flore intestinale bien différente. Mais une étude récente portant sur le métagénome* (les gènes) suggère que, en plus, nous pourrions avoir une flore B (pour Bactéroides), P (pour Prevotella) ou R (pour Ruminococcus) selon la famille et la souche dominante. Exactement comme nous avons un groupe sanguin (A, B, AB ou O), nous aurions donc un "groupe intestinal" ! Des chercheurs européens** viennent en effet de montrer que les cent mille milliards de bactéries (soit 1,5 kilos !) qui colonisent notre intestin se répartissent en 3 grandes catégories. Pour l'instant, tout ceci reste théorique et sans véritable application pratique ; c'est comme si nous nous lancions à la découverte d'un territoire inconnu, un peu comme Christophe Colomb posant le pied en Amérique. Par exemple, on suppose qu'il y a une souche dominante chez les personnes en surpoids, ou souffrant de maladie inflammatoire intestinale (Crohn...), diabète, allergie... mais laquelle ? et que faire de cette information ? A ce stade, c'est le flou le plus complet. En revanche, cette distinction pourrait expliquer pourquoi nous ne réagissons pas tous de la même manière aux médicaments, pourquoi nous ne métabolisons pas tous les aliments de la même manière, etc. En effet, c'est bien la flore qui se charge, en dernier recours, de l'assimilation (et donc de l'activité) de nombreuses molécules médicamenteuses, exactement comme elle le fait pour certains aliments ou vitamines. Par exemple, il est connu que certaines femmes réagissent bien mieux au traitement naturel de la ménopause (isoflavones de soja) alors que d'autres, pas du tout ; lorsque ces dernières prennent des probiotiques en plus des isoflavones, miracle : ça marche ! C'est une piste qui excite beaucoup les chercheurs, comme on l'imagine.
Il est aussi certain désormais que demain, la solution contre le surpoids ou le diabète passera forcément, au moins en partie, par cette flore intestinale. L'objectif : repérer les personnes "à risques" et modifier leur flore de façon à ce qu'elle soit "bénéfique" et non qu'elle joue contre son propriétaire. L'enjeu est donc énormissime, laissant présager une médecine de demain nettement plus personnalisée qu'aujourd'hui. Puisque chacun a sa flore intestinale, chacun aura ses conseils nutritionnels adaptés, son traitement médical, ses forces et ses faiblesses identifiées, etc. Le travail reste donc colossal, car n'oublions pas que le génome de notre flore intestinale totalise 3,3 millions de gènes (150 fois plus que l'ADN de nos cellules !). Mais passionnant !
* MetaHIT (Metagenomics of Human Intestinal Tract)
** Consortium du CEA, CNRS, université d'Évry-val d'Essonne, Institut Mérieux, Danone.

Notre flore intestinale est aussi unique que notre empreinte digitale. Elle totalise plusieurs millions de gènes !